samedi 25 juin 2016

Camden 1 - Un murmure de voix de Pauline Andreani




Résumé
Je m’appelle Humphrey. Simplement Humphrey. Ce soir-là, j’ai perdu mon travail en voulant sauver un ahuri qui prétendait pouvoir communiquer avec l’au-delà. Par curiosité, je l’ai ensuite suivi dans l’une de ses aventures, et devinez quoi ? Le gamin disait vrai.
La famille Flemington, s’étant vue affligée de la disparition de leur fils et de la mort de leur bonne, ne se doute pas que cette dernière est bien présente, ni qu’elle sait ce qui est arrivé à leur bambin. . .




Mon avis 


Un murmure de voix est le premier épisode de la série Camden de Pauline Adreani
L’auteur, artiste dans l’âme, puisqu’elle aime dessiner, jouer la comédie et possède déjà plusieurs BD à son actif, nous livre les aventures de Camden, spirite du début du XXème siècle.

C’est par une nuit d’hiver de 1935, que débute le récit et si Camden est bien le personnage principal de cet épisode, il n’en est pas le narrateur. 
Nous commençons donc la lecture du récit, rédigé à la première personne, avec la narration d’Humphrey, croupier de la Divine comédie. C’est en cette nuit particulière qu’il rencontre pour la première fois Camden Elmore. Sa vie s’en voit radicalement changée. On ne peut pas dire que le jeune homme lui porte chance pourtant, puisqu’il se fait virer de son job à cause de lui. Et si le « petit » ne paye pas de mine, il a de drôles d’informations à lui donner : un message de l’au-delà, parvenant d’un vieil ami décédé. Pour appuyer ses dires, il lui révèle le mot de code connu d'eux seuls.
Perturbé par ces révélations, mais restant sceptique, le narrateur décide tout de même de revoir Camden et c’est ainsi que l’aventure peut commencer. Humphrey devient, bien malgré lui, l’assistant du jeune spirite, qui préfère la couverture de médium, pour ne pas attirer l’attention sur ses dons particuliers : dialoguer avec les morts. 

Humphrey nous livre cette histoire de son point de vue, mais reste plutôt neutre, entre un scepticisme qui diminue au fil de l’intrigue et un brin d’admiration pour le jeune Camden au caractère bien trempé. Il apparaît comme un faire-valoir, tel un Watson racontant les enquêtes d’un Sherlock Holmes. La rivalité apparaissant entre Camden et son frère Nigel qui intervient dans l‘enquête en tant qu‘exorciste, leurs disputes fraternelles, naturelles et butées, laissent également un soupçon sherlockien. 

Pauline Adreani maîtrise parfaitement la caractérisation du personnage de Camden : un grand gamin un peu fantasque, arrogant voire froid dans ses analyses, ne se laissant pas emporter par ses émotions ou par l’ambition, motivé par l’enquête et par l’aventure spirite avant tout. Celle-ci surpasse l’aventure humaine et on ne peut pas dire qu’il fasse preuve de beaucoup de tact et de compassion pour la famille des victimes. Pourtant, il se comporte tantôt comme un gamin buté, capricieux, jovial, tantôt comme un adulte mature, instinctif et efficace. Il utilise son don avec perspicacité. Celui ci s’intègre à la personnalité du jeune homme, l’influence et s’en alimente. Il est essentiel dans l’intrigue.

L’enquête proposée est fort agréable à la lecture. L’auteure sait nous surprendre dans sa résolution et se sert à merveille de son spirite pour cela. Sa plume fluide, sa capacité à poser parfaitement descriptions, atmosphères et dialogues entraîne dans la lecture, scotche le lecteur au récit. Le fantasque Camden et la narration utilisée y contribuent également. 
J’ai aimé la conclusion, répondant à toutes les questions et résolvant les conflits entre les personnages. (sans doute provisoirement, tout au moins on l’espère, tant on s’amuse de leurs querelles) 

Ce fut donc une belle découverte et je lirai la suite avec grand plaisir !
Je remercie le forum « Au cœur de l’Imaginarium » et les éditions du Petit Caveau pour cette excellente lecture.

vendredi 17 juin 2016

En Coulisse, de Marlène Jones (nouvelle)




Résumé

Le concert à Coachella est terminé. Nathan Turner, chanteur du groupe VersusJames, contemple la foule et attend. Sait-il lui-même ce qu’il attend ?
Ce qu’il sait en revanche c’est qu’ici tout est possible. Et que grâce à la complicité de son bien-aimé Liam Gentry, qui n’est autre que le guitariste du groupe, les résultats de son attente pourraient bien dépasser ses espérances.




Mon avis

En coulisse de Marlène Jones fait partie de la collection Indécence des éditions L’Ivre-book et avertit le lecteur qu’il est destiné à un public averti et majeur, certaines scènes se montrant suffisamment explicites pour gêner de jeunes lecteurs (dans cette nouvelle, présence de scènes extrêmement chaudes et crues, relations M/M et BDSM). La lecture s‘avère pourtant tout à fait agréable pour un public ciblé, y cherchant un peu de piment érotique.
L’auteur a également publié une autre nouvelle « Étreinte masquée » dans l’anthologie de la collection L’Ivre des sens.

Dès le début de la nouvelle, le titre prend tout son sens, car on suit le personnage principal Nathan Turner, musicien du groupe VersusJames, à la fin de son concert. On le retrouve en pleine séance de BDSM, improvisée par son maître Stanislas, et Liam, son amant. Il représente ainsi le pivot d’un trio particulier, et même d’une relation triangulaire des plus trouble.
Liam représente l’homme qu’il aime et la réciprocité est vraie. On sent la complicité, l’amour, le respect et la tendresse qui les lie. Nathan ne se montre pas fidèle pour autant, allant à droite, à gauche, au hasard des rencontres et occasions, et quand on est la star d’un groupe de rock, elles ne manquent pas !
Stanislas est le maître, celui auquel il se soumet dans un abandon aveugle, acceptant ordres et punitions.

Les relations peuvent paraître simples, mais quand les sentiments s’en mêlent et s’emmêlent, elles se compliquent vite pour notre trio. Si Nathan trouve sa place sans difficulté, ses deux compagnons y cherchent la leur, en quête de compréhension et de stabilité.
Liam voudrait comprendre, et peut être jalouse, la soumission sans limite, l’abandon total et aveugle dont fait preuve Nathan avec Stanislas. Stanislas, lui, essaie d’y voir clair dans ses sentiments, son ressentiment pour le libertinage de Nathan et de ce que cela implique pour lui, pour eux trois. 

Marlène Jones mêle et démêle les sentiments, les relations et émotions des personnages avec maîtrise et emploie une narration se centrant sur la séance BDSM, ce qui la précède par flash-back, ce qui suit et les conséquences : les révélations et décisions qui en découlent. La construction est progressive. Le lecteur doit s’accrocher pour bien suivre, mais comprend bien vite la démarche et la logique de l’auteure.
La relation amoureuse avec Liam apporte une touche romantique bienvenue dans un récit aux scènes chaudes. Il pose les limites, protège Nathan aussi bien mentalement que physiquement : il est l’homme qu’il aime et qu’il respecte. 

Les scènes BDSM et de sexe sont crues, mais sensuelles. L’auteure sait ménager l’attente pour les personnages et le lecteur : une attente savoureuse, qui fait monter la tension et l’excitation.
Elle maîtrise également bien l’atmosphère, les descriptions et les dialogues : bien mis en place, précis et sans lourdeur. 

En conclusion, la nouvelle En coulisse propose un trio très chaud aux relations troubles, qui se découvre au fil du récit (au double sens du terme!). La séance principale de BDSM est bien mise en place, de façon crue, mais sensuelle. Un récit à découvrir…On peut même retrouver les personnages dans un roman, que j’ai hâte de découvrir.
Je remercie le forum « Au cœur de l’Imaginarium » et les éditions « L’Ivre-Book » pour cette découverte chaude, pimentée d’un zeste d’indécence… Une collection qui porte son nom à merveille.

vendredi 10 juin 2016

Osez être une maman sexy, d'Ovidie


Résumé

Comment être une bonne maman et rester une femme désirable

Ce guide se base sur l’expérience personnelle d’Ovidie, auteure, réalisatrice (deux documentaires diffusés sur France 2), bloggeuse (le ticket de Métro), éducatrice sexuelle depuis une douzaine d’années… et maman. Il ne décline ni recettes magiques, ni prescriptions, ni injonctions, et entend juste donner quelques clés pour se réconcilier avec son corps, prendre soin de soi, explorer des pratiques sexuelles encore inédites, instaurer des jeux dans le couple ou en solo. Parce qu’être mère ne veut certainement pas dire renoncer à être femme, pleinement, dans son couple, au travail, avec ses amis, d’autres partenaires éventuels. C’est même sûrement la clé pour vivre du mieux possible son rôle de parent : penser à soi, profiter, jouir, tout ça ne peut que rejaillir positivement sur nos chers enfants. Une idée cadeau pour la fête des mères ?



Mon avis


Ovidie, auteure de ce guide « Osez être une maman sexy » possède peut être un nom que vous connaissez déjà. En effet, l’auteure, réalisatrice de deux documentaires télévisés, également auteur du guide Osez découvrir le point G , s’exprime sans tabou et œuvre pour la liberté sexuelle de la femme. On peut également retrouver des articles très intéressants sur son site « Le ticket de métro ». Lectrice occasionnelle du site, j’ai trouvé la plume d’Ovidie pertinente et efficace. C’est donc avec curiosité que je me suis lancée dans la lecture de ce livre. 


La collection Osez… de la Musardine (collection de guides de sexualité), dont celui ci fait partie, propose dans chacun d’eux une forme commune et claire. Ayant déjà eu l’occasion d’en lire plusieurs, il est agréable de retrouver une organisation proche et précise, comprenant des conseils, astuces, des témoignages, des récits et illustrations. L’ensemble se teinte d’une touche coquine et parfois ironique, humoristique.
Sur la forme, les chapitres sont bien définis, les parties courtes et précises, tentant toujours sur le fond de s’adapter et d’aider sans juger, en déculpabilisant les lecteurs.

Dès l’introduction, on sent l’humour et l’ironie dans la plume acérée de l’auteure. Les remarques sont pertinentes, pourtant l’ensemble de l’ouvrage manque parfois de nuances. Pas facile de proposer des conseils quand chaque cas est bien particulier. Mon expérience le fut, ce qui me rend peut être plus critique sur certains points.

Le guide aborde en plusieurs parties les différentes difficultés psychologiques, physiques, ou de couple que peut rencontrer la nouvelle maman. Il l’aide à ne pas oublier qu’elle est à présent une maman, rôle dont les responsabilités peuvent sembler énormes, voire écrasantes, mais qu’elle n’en reste pas moins une femme. Les conseils visent à l’aider à passer le cap, sans culpabiliser, en n’oubliant pas ses besoins, en osant être sexy, malgré sa nouvelle fonction, malgré les changements de vie et de morphologie. Elle doit passer outre la version « sacralisée », que l’on attribue à la jeune mère, pour reprendre ses marques et rester elle-même. La tendance serait plutôt « mère sexy, mère indigne ». Ovidie offre des conseils, des arguments pour dépasser ce préjugé et ne pas se laisser affecter par le regard des autres. Par contre, on tombe un peu dans le cliché « la maman sexy », en minijupe à la sortie de l’école versus la « mégère » qui la méprise. Peut être est-ce un trait ironique pour marquer les esprits, mais dans la réalité, rien n’est loin d’être si simple. Doit-on être soit sexy, soit mégère ? La femme sexy doit-elle forcément regagner immédiatement ses formes et enfiler sa minijupe ? Ne peut-elle pas l’être au naturel, à l’aise dans ses baskets, en minijupe ou en jean ? 
Bien sûr, et Ovidie nous le confirme un peu plus loin : « Être sexy, c’est avoir confiance en soi ». 

Le corps de la nouvelle maman a changé et la nature n’est pas égale pour chacune. Certaines retrouvent une taille de guêpe après l‘accouchement, d’autres n’arrivent pas à perdre les kilos gagnés. Rien n’empêche pour autant à chacune de trouver sa sexy attitude. Ovidie met d’ailleurs, à ce propos, en garde contre les méfaits d’internet et de l’image idéale de la femme qu’il peut véhiculer. Il fait culpabiliser et lance le message « vous devez mincir ! ». Rien de pire pour saper la confiance en soi !

Dans ce sens une phrase m’a particulièrement interpellée. Ovidie nous dit que si le compagnon n’aime pas le corps de sa femme, avec ses changements, c’est parce qu’elle-même ne l’aime pas. L’homme lui-même ne peut-il pas être influencé par cette image de la femme idéale diffusée largement et à laquelle sa femme ne correspond plus ? Il semble injustifié dans ce cas d’en attribuer la faute systématiquement à la femme.
En effet, comme le dit ensuite Ovidie, soyons body-positives, personne n’est parfait et retrouver des repères et une garde robe prend du temps. Elle conseille également de privilégier le bien être, mais aussi de ne pas négliger son épanouissement personnel et professionnel. 
L’auteure nous rappelle avec conviction, et l’expérience ne peut que me permettre de le confirmer : « la mère parfaite n’existe pas ! ». Alors arrêtons de culpabiliser et de se montrer sensible aux regards mauvais et aux reproches… 

Les relations de couple, après la grossesse, ne peuvent que changer et sans nulle doute se perturber. Le guide explique comment passer du couple parental au couple érotique. Pour cela, il faut se comprendre, accepter l’autre et ne pas le rendre responsable de son mal être.
Les conseils prodigués sont transférables à tout couple en perte de vitesse, mais attention chaque situation reste néanmoins unique. 
Des efforts mutuels restent à mettre en œuvre pour garder un équilibre de couple, sans gâcher celui de parents et d’amants.
Beaucoup de soucis sont à prendre en compte, dont la fatigue, source de conflits. Ovidie guide les couples dans cette traversée sensible en proposant des solutions judicieuses, évidentes, mais qu’on peut vite oublier sous le poids des responsabilités. 
Elle prône également le retour à la sensualité, aux expériences sensorielles, à la découverte d’un plaisir différent, précisant qu’il ne faut pas oublier son propre plaisir, dans la recherche de contenter l’autre : rester à l’écoute, dans une entente mutuelle.

Le guide évoque également l’importance de la rééducation du périnée, à ne pas négliger, et propose différentes solutions, certaines bien coquines, auxquelles je n’avais pas songé !

D’autres sujets sont évoqués, sortant de la relation de couple : la mère célibataire, dont la situation n’est pas simple et même épuisante, les couples échangistes, ou la mère qui prend un amant (ou à l’inverse comment réagir quand on est trompée).

En conclusion : ce petit guide reste intéressant dans l’ensemble, mais je n’ai pas pu m’empêcher de réagir en prenant des notes. J’ai du recul par rapport à ma propre expérience qui fut douloureuse. J’ai donc répondu d’une couleur différente pour évacuer certaines remarques personnelles, certaines réactions de colère, afin de les éviter et de rester le plus neutre possible dans ma critique. 
Le guide est idéal pour tout couple qui vit sur des bases saines et accueille son enfant dans de bonnes conditions de départ. Sinon certaines remarques et petites incohérences du guide peuvent blesser la jeune maman en lui montrant qu’elle ne fait pas assez d’efforts pour se faire aimer.
Ce livre s’adresse aussi bien aux futures ou jeunes mamans, mais aussi aux pères dont le regard, l’attitude et la compréhension peuvent aider pour beaucoup dans les problèmes évoqués et aider leur femme à rester sexy.
Je remercie le forum Au cœur de l'Imaginarium et les éditions La Musardine pour cette découverte.

samedi 14 mai 2016

Dimension Arnauld Pontier, d'Arnauld Pontier



Résumé
Pointe nord de l'île. Une bande de terre épaisse et graveleuse séparait en deux l'embouchure de l'ancienne rivière : d'un côté, s'étendait à perte de vue un amas de galets noirs et gluants, de l'autre, un vaste espace pratiquement asséché - ce qu'il restait du lit de l'Hudson River. Sur la rive, la même bande de terre rapportée serpentait jusqu'au pied de l'espèce de tour monumentale qui trônait là, seul relief encore visible sur l'île, ultime vestige d'un temps révolu depuis des millénaires...

En 27 nouvelles, de fantastique et de science-fiction, pour la plupart inédites, vous allez croiser le diable, rencontrer la Mort, visiter d'étranges planètes, contempler le futur, découvrir, aux aguets, derrière la banalité du quotidien d'inquiétantes forces et faire connaissance avec des espèces extraterrestres qui ne nous veulent pas forcément du mal... Car la magie de la nouvelle, c'est cela : en peu de mots vous proposer de multiples et imprévisibles voyages.

Arnauld Pontier a publié une dizaine de récits et de romans, en littérature générale comme en littérature de l'imaginaire ; il a également participé à plusieurs anthologies et a dirigé Dimension Système Solaire. En 2004, il a obtenu le prix Marguerite Yourcenar pour La Treizième cible. Son dernier roman, Agharta - Le temps des Selkies a été finaliste du prix Rosny Aîné 2014.



Mon avis 

Auteur de romans, récits, nouvelles et poésies, Arnauld Pontier a également dirigé l’anthologie de science-fiction Dimension système solaire.
On le retrouve avec sa propre anthologie Dimension Arnauld Pontier mêlant deux genres : science-fiction et fantastique.
Pour introduire celle-ci, il rappelle au lecteur de ne pas confondre la nouvelle avec une histoire courte. Elle possède ses particularités : courte, mais efficace, elle crée une atmosphère particulière, capture immédiatement le lecteur, son attention, contrairement au roman, qui le mène sur la longueur grâce au développement de son intrigue. L’intention et la lecture de ceux-ci sont donc différentes.
Philippe Ward, dans sa Post-face appuie l’idée de cette spécificité, et du plaisir de la lecture. Il témoigne du savoir faire de l’auteur, sur ce format et dans les « mauvais genres ». 

Dans son anthologie, l’auteur présente chaque nouvelle, les remet dans leur contexte : écrites selon l’inspiration ou pour un appel à textes, usant de thèmes qui lui tiennent à cœur.
Celles ci sont bien construites : l’auteur mise sur les classiques et apporte une atmosphère détaillée, claire et permettant l’immersion immédiate. S’il s’appuie sur les codes connus des lecteurs de science-fiction et de fantastique, il ne se laisse pas aller aux clichés, gardant sa touche personnelle. Il apporte un message, une idée, se pose sur une situation donnée, sur un moment, un instant précis.
Le lecteur se trouve vite happée par l’histoire, pour certaines plus que d’autres, selon ses goûts, ses préférences littéraires, mais chacune sait se montrer efficace, avec une écriture précise et claire.
Si l’auteur présente son intention, et les messages qu’il veut faire passer en introduction, il ne spoile pas pour autant, et arrive bien souvent à surprendre le lecteur malgré lui.
Les fins se présentent sous forme de chutes toujours soignées, et se concluent de manière plus ou moins efficace. Elles sont généralement noires, sombres et sans espoir, mais tombent parfois un peu à plat. Certaines nouvelles de l’anthologie m’ont scotchées plus que d’autres, même si toutes restent agréables à la lecture.

Arnauld Pontier trouve influences et inspirations dans diverses ressources. S’il s’appuie sur un mythe serbo-croate pour l’une de ses nouvelles, il sait aussi se servir des mythes et légendes conférant un statut et un pouvoir particulier aux chats ou aux hibou. Il s’attarde aussi sur le phénomène de l’effet papillon. S’il rend hommage à LovecraftJean RayPhilipe K Dick ou Boris Vian, il sait aussi s’inspirer du cinéma avec le filmPrédator. Les sources sont donc très variées et bien d’autres idées viennent alimenter son imaginaire et enrichir son univers.

Plusieurs thèmes ressortent dans l’anthologie.
L’homme s’y voit souvent puni pour sa stupidité (les guerres et conflits destructeurs, ses habitudes nocives, telle son avidité démesurée). Ce peut être la nature qui reprend ses droits suite aux conflits. Même les éléments peuvent se rebeller : l’eau, le sable. Des planètes vivantes les piègent pour satisfaire leurs propres intérêts, leurs propres besoins. Ce peut être également des créatures surnaturelles qui prennent leur revanches ou des extra-terrestres qui prennent le contrôle, envoûtent et créent des pièges élaborés. La prise de pouvoir peut se faire perfidement : une invasion facile sur le long terme qui mène à l’extinction de la race humaine. 
L’auteur exploite aussi le pouvoir de créatures jugées insignifiantes, faisant parti du quotidien, dont on ne conçoit pas la dangerosité : les chats (et leur don), les chiens (qui servent de catalyseur pour l’éveil des humains), le hibou (porteur de malédiction) et la femme charmante (mais fatale au double sens du terme). Les sceptiques avides et matérialistes voient leurs certitudes s’ébranler et en paient le prix. Ceux qui désirent croire goûtent à de réels moments de bonheur .
Le temps s’avère parfois un élément à part entière de la nouvelle. Manipuler et rembobiner le temps propose un éternel recommencement. Les boucles dans le temps sont autant de chances données, ou peut être un jeu à grande échelle, une expérience ? 
La quête d’identité se complexifie quand le corps se métamorphose, ou quand le clonage est en jeu : comment savoir se différencier entre modèle et clone. 

En conclusion, j’ai découvert dans l’anthologie Dimension Arnauld pontier, un univers qui lui est propre, des thématiques classiques mais traitées avec sa touche personnelle et souvent avec originalité. Le mélange science-fiction et fantastique m’a beaucoup plus. Si j’ai apprécié les nouvelles de manière inégale selon ma subjectivité, chacune est écrite et construite avec soin. 
Je remercie le forum Au cœur de l’Imaginarium et les éditions Rivière Blanche pour cette excellente découverte.

mercredi 11 mai 2016

Le Brasier, de Virginie Buisson-Delandre




Résumé

Vampire, mort-vivant, esprit maléfique ou autre aberration défiant la nature, le monstre reste une figure centrale de la littérature fantastique teintée parfois d’épouvante.
Mais le monstre n’est pas toujours celui auquel le lecteur s’attend...
C’est ce que ces nouvelles tendent à nous faire découvrir, chacune à sa manière, reprenant les sentiers battus du genre fantastique pour mieux nous emmener sur les chemins de traverse hantés par une folie latente, tapie dans l’ombre, qui n’attend que le moment propice afin de mieux se jouer des personnages trompés par des certitudes volant en éclat.

Mon avis

Virginie Buisson Delandre, déjà auteure d’autres nouvelles (publiées individuellement) inspirées par ses lectures fantastiques classiques, a également puisé dans ces influences pour écrire le recueil de nouvelles Le Brasier.

Le recueil reprend, pour chaque nouvelle, une formule assez classique et linéaire pour la construction du récit, mais de manière tout à fait efficace. La mise en place du fantastique se fait de manière progressive avec une entrée du surnaturel dans la réalité, et des informations dévoilées au lecteur de manière pertinente et judicieuse. Les personnages du recueil voient leur vie peu à peu bouleversée par des événements, amenant des perturbations surnaturelles, qui les capturent comme des proies dans une toile d’araignée, tissée à la fois sur le fond et sur la forme, par les fils du récit et par leur tourmenteur.

L’atmosphère est, dans ce sens, toujours mise en place avec grand soin, par la richesse des descriptions, des lieux et des émotions des personnages. On assiste, ici encore, à une progression dans la mise en place même du recueil. Chaque nouvelle plonge le lecteur toujours plus loin dans l’angoisse, et le mène même jusqu’au cauchemar. On frissonne avec des ambiances morbides, sombres, terrifiantes. On tombe ensuite dans le carnage avec plus de sang et de viscères vers la fin du recueil. Seule la dernière nouvelle pourrait sonner comme une fausse note dans cette répartition, misant plus sur une ironie sournoise. Le lecteur peut facilement s’immerger. Si la tension monte au fil de la lecture, l’attente se révèle d’autant plus grande au début de chaque nouvelle.
Les influences d’auteurs fantastiques classiques restent toujours présentes et certains sont même cités à titre de références dans la première nouvelle.

Le style de l’auteure contribue à l’immersion du lecteur par une plume fluide et un vocabulaire approprié. La lecture en est donc d’autant plus agréable.

Dans chaque nouvelle, on retrouve un thème commun : la frontière mince entre réalité et dimension fantastique (ou même démoniaque). Elle devient tellement floue qu’elle amène la perte de repères entre rêve et réalité, des doutes à la folie. Les victimes s’avèrent plus ou moins consentantes du sort qui les attend : poussées par l’ignorance, la malchance ou la folie ! Les narrateurs sont parfois témoins, parfois victimes de cette folie, ou de la cruauté et du sadisme de leur bourreau, car leurs ennemis surnaturels aiment jouer avec leurs proies, les torturer, les tuer à petit feu et ne s’en privent pas.

Les fins, même si elles varient, donnent aux lecteurs matière à réfléchir et à frissonner : le piège se referme inexorablement sur leur proie, comme sur le lecteur.

En conclusion : même si le recueil ne donne pas dans l’originalité, il prend ses sources dans la littérature fantastique. Son efficacité, la fluidité de son style le rendent agréable à la lecture. Chaque nouvelle diffère de la précédente, tout en possédant des thèmes communs. En effet, elles embarquent le lecteur dans des récits sombres et morbides. Je remercie le forum Au cœur de l’Imaginarium et les éditions l’Ivre-book pour cette agréable et effrayante lecture.